Chercher

Cent ans de sport dans l'Hérault PDF
Lundi, 08 Novembre 2010 08:27

Etudes héraultaises, Hors série 2010, Montpellier

Je ne peux pas manquer de signaler la parution, il y a quelques semaines, d’un gros ouvrage sur l’histoire du sport régional, à la rédaction duquel j’ai largement participé. La revue Etudes héraultaises qui publie depuis quelques dizaines d’années des travaux érudits sur les divers aspects de l’histoire locale, vient de sortir un numéro spécial sur Cent ans de sport dans l’Hérault, à l’initiative du Conseil général, et avec l’aide des Archives départementales.

 

330 pages grand format, au texte serré et abondamment illustré de documents souvent originaux, 27 auteurs se partageant 37 articles de taille très variable, c’est une somme à peu près unique en France, qui s’efforce de balayer l’essentiel des disciplines marquantes dans le département depuis l’extrême fin du XIX° siècle jusqu’à aujourd’hui.

Pour la majorité des sports sélectionnés, les auteurs proposent la seule histoire disponible dans le cadre départemental, et dévoilent tout un passé enfoui de champions et de pratiques oubliés. C’est le cas par exemple pour des sports aussi différents que le tennis (Philippe Lacombrade), le jeu de tambourin (Christian Guiraud), les jeux de boules, le volley-ball (Guy Laurans) ou le canoë-kayak (J-Pierre Leymarie).

Pour d’autres sports plus médiatisés ou mieux connus, des textes synthétiques dressent des panoramas qui permettront au lecteur de saisir les grandes lignes de leur évolution : ainsi du football (G. Laurans), des deux rugby à XV (Ch. Guiraud) et à XIII (G. Barcelo), des joutes nautiques (C. Lopez-Dréau) ou du cyclisme (J. Teissedre).

Certains articles choisissent d’aborder leur discipline sous un angle plus technique, comme pour la gymnastique artistique (J-C. Albert), ou économique (le basket-ball par L. Belen).

D’autres encore font la part belle à l’expérience vécue de leur auteur qui utilisent leurs souvenirs d’athlète et/ou de dirigeant pour dresser un tableau sensible de leur discipline. C’est le cas de Raymond Lopez pour l’haltérophilie, Jean Catalan pour la voile en milieu scolaire, ou Sylvia Jacquot pour le VTT.

Les 37 contributions sont regroupées en 7 parties thématiques. 4 d’entre elles traitent successivement des jeux traditionnels locaux (les boules, les joutes, le tambourin et la course camarguaise), de l’héritage national du XIX° siècle (escrime, gymnastique, haltérophilie), de la modernité sportive (cyclisme, tennis, athlétisme, rugby et football), et de la seconde vague sportive au XX° siècle (basket, volley, handball, taekwondo, handisport).

Une longue partie introductive confiée à Jean-Michel Delaplace, Guy Laurans et Christian Guiraud, établit le cadre de réflexion à partir duquel peut se déployer une histoire locale des sports, et décrit le panorama des disciplines pratiquées avant 1914, ainsi que leur première forme d’organisation fédérale en Languedoc.

La sixième partie, sous la houlette de Christian Guiraud, déroule une histoire des sports de pleine nature, dans un département qui fait figure de grand terrain d’aventure entre mer et montagne. Ce thème assure la transition avec une conclusion permettant aux institutions en charge des politiques sportives de mettre en évidence certaines des spécificités du département.

On le voit, malgré son poids respectable, cet ouvrage n’a rien d’une encyclopédie systématique. Certains sports ou disciplines sont absents, d’autres trop rapidement évoqués. Nous avons dû faire l'impasse sur de nombreux sports qui pouvaient prétendre à figurer au sommaire, tels que l'équitation, forte de ses effectifs de licenciés (de licenciées faudrait-il dire plutôt, ce qui accroît encore l'intérêt de ce sport), le tennis de table, les sports mécaniques et leurs rallyes automobiles, la boxe et la variété des sports de combats et arts martiaux, ou ce qu'il est convenu d'appeler les sports extrêmes, que Montpellier accueille dans son festival annuel, et qui auraient illustré l'évolution la plus récente de la dynamique sociale des sports actuels. Mais Cent ans de sport atteint son objectif, qui était de “balayer large” et de rassembler, dans les limites de temps et de volume qui nous étaient offertes, le maximum de données historiques, issues des archives publiques ou privées, à partir desquelles on peut espérer construire des problématiques cohérentes.

C’est en se livrant, d’abord, à de minutieuses investigations historiques que l’on peut affûter des questions pertinentes, par exemple sur la diversité des pratiques sportives au sein du territoire départemental. L'histoire fait apparaître une géographie des implantations sportives, et met en évidence des permanences longues, et aussi des évolutions rapides dans la façon dont les sports pénètrent le territoire départemental, s'y installent ou au contraire refusent de s'y acclimater ; c'est une façon pleine d'enseignements de scruter la diversité des cultures qui se côtoient en Hérault. On connaît de longue date la frontière qui partage l'Ouest rugbystique de l'Est footballistique, mais d'autres frontières intérieures existent certainement. Comme il existe des zones à fortes caractéristiques sportives, telles que la moyenne vallée de l'Hérault, autour de Pézenas, qui s'est toujours distinguée par la richesse de ses innovations sportives : la forte concentration du tambourin, mais aussi la première implantation du basket-ball, et la seule de la pelote basque, la grande densité rurale du volley-ball, etc.

De même, la superposition des articles conduit à s’interroger sur la particularité des villes héraultaises : les profils sportifs de Montpellier, Béziers et Sète sont suffisamment contrastés pour susciter des interrogations sur une géographie sociale des élites urbaines et de leur degré d'implication dans le développement des sports. Un chapitre d’histoire sociale peut ainsi s’ouvrir, à partir des activités sportives.

L’un des fils conducteurs de Cent ans de sport a été d’analyser aussi précisément que possible la façon dont les différents jeux et sports se sont institutionnalisés. Il fallait suivre les progrès de leur administration, de la gestion de leurs licenciés et de l’organisation des compétitions ; mais aussi prendre la mesure des évolutions techniques dans les sports, essayer de suivre la codification des gestes et des attitudes corporelles, tout autant que la normalisation du cadre sportif, y compris lorsqu’il s’agit de la nature elle-même. Tout ce processus de régulation des sports et par les sports, n’est certes pas propre à l’Hérault, mais le cadre administratif départemental se révèle souvent pertinent pour apprécier le poids relatif des grandes évolutions sociales, de l’action individuelle des hommes de terrain, et d’un certain substrat culturel attaché aux territoires locaux.

Les questions ne manquent pas, donc, que ces investigations historiques permettent de se poser. J’espère que le volume suscitera des vocations de chercheur parmi ses lecteurs. Comme dans tout travail de recherche, il s’agit d’une étape, qui sera nécessairement dépassée. Le Languedoc Sportif accueillera prochainement des versions révisées et approfondies de plusieurs des articles que j’ai signés, puisque c’est tout l’intérêt des publications numériques de pouvoir suivre de près l’évolution de la recherche.

Les conditions de publication et de diffusion de Cent ans de sport ne sont pas idéales, et il ne faut donc pas s’attendre à trouver le livre sur les présentoirs des maisons de la presse, ou de le voir faire le buzz à la télévision ou sur internet ! Mais il mérite absolument de trouver des lecteurs, si ces derniers acceptent de faire un léger effort pour se le procurer. Cent ans de sport est actuellement disponible, au prix de 25 € (ce qui n’est vraiment pas cher, et rendu possible par le fait que les auteurs ne sont pas rémunérés) à Montpellier, soit aux Archives départementales, 2 avenue de Castelnau (où il peut être également commandé au prix de 31 € franco de port), soit dans les librairies Sauramps – Comédie et Pierre Clerc (7 rue Alexandre Cabanel). Pour tout dire, ce peut être un fort convenable cadeau pour les fêtes de fin d’année, à l’intention des sportsmen curieux de leur histoire, et de tous les amoureux de leur région.

Mise à jour le Lundi, 23 Juillet 2012 15:01